Le rose et le noir
Coup de griffes
Jugnot Olé ! … Holà !
Il y a quelques semaines Gérard Jugnot est venu faire la promotion de son dernier film « Le rose et le noir » au Croisic. L’histoire, qui se déroule au XVIème siècle, met en scène un « couturier », gay comme il se doit, envoyé en mission par le roi Henri III auprès d’un Grand d’Espagne, bigot comme il se doit aussi. Ce film prêche la tolérance religieuse, mais aussi le libre choix de sa sexualité. Les femmes, bien que n’ayant que des rôles subalternes, ne sont pas en reste, elles sont dynamiques, courageuses et excellentes cavalières. En résumé, servis sur un plateau, ce film réunit juifs, musulmans, protestants, catholiques, homos, féministes. Il prêche la tolérance tous azimuts et à l’époque ce n’était pas la pratique courante … Tous azimuts ai-je dit ? Emporté par ce film gorgé de bonnes intentions, j’ai poussé l’interprétation trop loin. Un point m’a particulièrement enthousiasmé : les intégristes espagnols condamnent au bûcher le couturier et ses acolytes pour hérésie. La charrette se dirige vers le lieu d’exécution, quand, les héroïnes du film, ouvrent les portes d’un char d’où surgissent deux taureaux qui mettent en déroute l’escorte. Ce moment est particulièrement hilarant et jouissif. Par ailleurs, il est ironique de voir les taureaux jouer les justiciers, en Espagne ! Alors que j’en faisais la remarque à Jugnot à l’issue du film où un moment d’échange était prévu, quelle n’a pas été ma surprise de l’entendre violemment s’en prendre aux opposants à la corrida : Des Brigitte Bardot en puissance ! Qui ne se situent que du point de vue des animaux et non de l’humain ! Qu’on lui dise que la corrida est dangereuse pour les humains et il changera peut-être d’avis ! Débat de salons parisiens que tout cela ! Alors que pour lui, Jugnot, la corrida est un ART et le torero un HÉROS ! Il est évident qu’il n’avait pas pensé que l’on pût interpréter cette scène comme un clin d’œil aux anti-corrida. Quelques jours plus tard, je l’entendais récidiver à France-Inter avec la même véhémence. Ma répulsion à la corrida vient de l’enfance. Une idée saugrenue avait deux ans de suite fait s’aventurer en Bretagne des aficionados. J’ai assisté à l’âge de 10 ans à la mise à mort, non du taureau cette fois, mais du torero (à dire vrai je ne sais s’il est mort, mais il a quitté l’arène sur une civière). Pour une fois ! Ma conviction est inébranlable : la corrida est un exemple parfait de barbarie. Comment le torero peut-il prétendre courir autant de risques que le taureau, face à un animal sanguinolent, épuisé par les coups assénés par les picadors ? Cette boucherie érigée en spectacle ne mérite que du mépris. Je conseille à Monsieur Jugnot, intéressé par le XVIème siècle de relire notre Montaigne qui écrivait : « quelle différence essentielle trouvez-vous donc entre vous et les animaux ? Il n’y a partout qu’une même nature … » ou encore « Je hais entre autres vices, cruellement la cruauté, et par nature et par jugement, comme l’extrême de tous les vices : mais c’est jusques à telle mollesse, que je ne vois pas égorger un poulet sans déplaisir … » Et puis, une dernière pour la route, toujours de ce même Montaigne : « Les femmes ont raison de se rebeller contre les lois parce que nous les avons faites sans elles ». Les taureaux non plus n’ont pas décidé d’être mis à mort dans l’arène, c’est ce qui différencie leur sort de celui des toreros !
Evelyne Rochedereux
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