Savez-vous quand vous dégustez un grand champagne : Pommery, Laurent Perrier ou Veuve Clicquot, que vous rendez hommage au travail et à la créativité de prestigieuses viticultrices ?
Les veuves joyeuses du champagne.
BARBE, LOUISE ET MATHILDE.
Savez-vous quand vous dégustez un grand champagne : Pommery, Laurent Perrier ou Veuve Clicquot, que vous rendez hommage au travail et à la créativité de prestigieuses viticultrices ?
La plus connue : Barbe Nicole, Veuve Cliquot, dont le portrait, par le peintre Léon Cogniet, est célèbre : douairière, tout de noir vêtue, avec sa coiffe et sa collerette en dentelle blanche, l’air solennel, la main gauche posée sur un livre ouvert (ses comptes ?), l’index pointant sur les profits ? Somptueusement assise dans son fauteuil Voltaire, elle défie le temps, et son portrait figure sur toutes les étiquettes collées sur les célèbres bouteilles jaunes. Elle naquit à Reims en 1777, fille unique d’un Monsieur Ponsardin, président du Tribunal de Commerce et maire de Reims, fait baron d’Empire par Napoléon. La jeune Barbe-Marie épouse Monsieur François Clicquot, viticulteur qui la laisse veuve à 27 ans, avec une fille, Clémentine. Elle hérite d’une maison de vins fondée en 1772 qui produit 100.000 bouteilles par an. Elle en prend la direction et en restera à la tête jusqu’à sa mort, à 89 ans. La maison qui porte désormais son nom Veuve Clicquot Ponsardin, produit alors 750.000 bouteilles et exporte dans le monde entier. Durant sa longue vie, elle aura favorisé les exportations de champagne dans toute l’Europe ; son exploit le plus connu étant l’envoi d’un vaisseau chargé de champagne à Saint-Pétersbourg en 1814, probablement pour aider les Russes à célébrer l’abdication de l’empereur, en avril de la même année. En tant que viticultrice, elle élargit son domaine jusqu’à plus de 500 hectares, rachetant des vignes dans d’excellentes localisations. Mais elle est surtout connue pour avoir travaillé à rendre le vin de champagne de meilleure qualité en améliorant sa limpidité par un procédé qui lui est attribué dit de la « table de remuage ». Elle décède en 1866 en son château de Boursault, qu’elle s’était fait construire. En 1972, la Maison Veuve Clicquot a créé un prix en son honneur qui récompense les femmes chef d’entreprise, en France et dans 18 autres pays. En 2008 c’est Elisabeth Laville fondatrice et présidente de l’agence Utopie, 1° agence en France d’information et de conseil en développement durable, qui a reçu ce prix. Jeanne Alexandrine Louise, Veuve Pommery. Jeanne a 39 ans quand elle devient veuve en 1858. La Veuve Clicquot vit encore et sa renommée est immense, un exemple aussi pour ces femmes mariées jeunes à des viticulteurs d’âge mûr auxquels elles survivent. Elle est née en 1819 dans les Ardennes et a épousé Henri Alexandre Pommery en 184O. Il a 16 ans de plus qu’elle et a fondé la Maison Pommery, après avoir racheté un petit vignoble. Jeanne prend la direction des affaires avec détermination et s’entoure de maîtres de chais et d’adjoints compétents. Elle gagne des débouchés à l’exportation en travaillant activement sur le marché anglais puis dans de nombreux pays du monde. La Veuve Pommery ouvre des caves dans l’ancien quartier de carrières de Reims, bâtiments d’une grande élégance architecturale, une des richesses aujourd’hui du patrimoine de la ville. Elle décède dans son château de Chigny-Les-Roses, près de Reims en 1890, à l’âge de 71 ans. Son souvenir est vivace ; la grande cuvée de la Maison est la Cuvée Louise Pommery. Mathilde-Emilie Perrier, Veuve Laurent-Perrier. Mathilde Perrier est née en 1850 et a épousé un vigneron et chef de cave, Eugène Laurent. Eugène a reçu en legs une Maison créée par son ancien employeur. Pendant 7 ans, il va développer le domaine mais meurt prématurément à l’âge de 44 ans. Sa veuve prend les commandes et crée la marque Laurent-Perrier associant son nom à celui de son époux décédé. Elle a 37 ans. A la veille de la première guerre mondiale, la Maison a pris une remarquable extension. Mais le conflit fait souffrir toute la région et son économie ; au sortir de la guerre, Mathilde gagne le marché anglais et conquiert des parts de marché conséquentes et substantielles. Sa fille Eugénie prend la contrôle de la Maison à la mort de sa mère en 1925 ; mais elle ne pourra faire face aux difficultés de l’entre deux guerres. Elle vend l’affaire à une femme, Marie-Louise de Nonancourt. Les deux fils de Marie-Louise combattent les armées d’Hitler. L’aîné mourra en camp de concentration ; le cadet prendra le contrôle du domaine en 1949. Depuis la Maison Laurent-Perrier n’a cessé de progresser et la réputation de ses vins est mondiale.
Pour Barbe, Louise et Mathilde : Un toast : à la santé des femmes qui osent !
